Jour 98 – Se nourrir de la nature

J’ai découvert quelque chose de vraiment chouette. OK, en vrai, je m’en doutais déjà. Mais quand même, en avoir la confirmation, c’est top. J’ai découvert qu’on pouvait se nourrir dans la nature.

Et je ne te parle pas de chasse ou de pêche, parce que comme je l’avais déjà évoqué à plusieurs reprises, cette nourriture-là ne me serait d’aucune utilité (à moins d’être mourante de faim sur une île déserte, on ne va pas relancer le débat). Je te parle de plantes, de fruits, de feuilles. De petites choses aux vertus miraculeuses.

Hier, j’ai participé à une sortie en forêt boréale pour apprendre à reconnaître les plantes comestibles. J’en suis revenue avec de la tisane pour un moment, des petits fruits et feuilles à ajouter dans les salades, et une recette de bonbons au sapin. Pendant plusieurs heures, j’ai suivi un guide botaniste sur les petits sentiers, et l’ai écouté raconter avec passion comment certaines plantes peuvent nous permettre de nous nourrir. Comment d’autres peuvent nous tuer aussi, en répandant dans nos corps des substances tellement toxiques qu’en quelques minutes notre foie lâche. J’ai appris mille et une choses sur la nourriture naturelle, végétale, délicieuse. Certains fruits que j’aurais pris pour du poison sont en fait délicieux avec un goût mentholé à faire mourir de jalousie un Tic Tac. Certaines petites baies peuvent être broyées et séchées pour devenir des épices. Des plantes rampantes font une excellente infusion.

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Je m’en viens aussi te raconter une histoire, un récit de vitamine C. Non, ce n’est pas bizarre, tu vas voir : tout est lié. Notre guide nous l’a racontée pendant la balade, et je l’ai trouvée porteuse d’un beau message en ce qui concerne l’importance de la transmission. 

Il y a plus de 400 ans, lorsque Cartier et ses hommes ont débarqué sur cette terre qui deviendrait le Québec, ils ont été confrontés à de nombreux problèmes de santé. L’un des plus importants, dont les marins souffraient beaucoup à l’époque, était le scorbut, dû au manque de vitamine C. En effet, sur la mer pendant des mois, inpossible pour eux de consommer des fruits et légumes, ce qui entraînait inévitablement de grosses carences, générant le scorbut, une maladie mortelle. Or, en arrivant au Québec, le problème se répétait pour eux : le sol étant plusieurs mois sous la neige chaque année, impossible pour les Français de trouver des végétaux entre octobre et avril. Ils retombaient malades et étaient décimés par le manque de vitamine C. Or, sur ces terres, vivaient des autochtones qui, eux, passaient les mois d’hiver sans mourir. Il sembleraient qu’ils aient quand même attendu un peu avant de donner l’astuce aux Français, mais ils ont fini par partager leur savoir : les plantes comestibles, celles de la forêt comme celles des plaines, qui pouvaient pour la plupart être séchées pour être conservées tout l’hiver. Elles contenaient en fait assez de vitamines pour vivre de longs mois. En partageant ce savoir, ils ont sauvé de nombreuses vies françaises. 

L’histoire raconte même que, le roi ayant envoyé Roberval pour accompagner Cartier lors de sa deuxième expédition vers le Québec, celui-ci n’aurait pas transmis ce secret à son rival qu’il n’aimait pas beaucoup, laissant ainsi son régiment souffrir d’un manque de vitamine C à son tour…

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Au-delà de l’anecdote, il y a trois choses que j’ai retenues de cette journée passée dans la forêt boréale :

  • comme pour le potager, ce que l’on trouve ou cultive soi-même est toujours meilleur que ce qu’on a acheté tout fait. C’est indéniable, la saveur n’est pas tout à fait la même et est teintée de fierté et d’indépendance.
  • la nature nous fournit tout ce dont on a besoin, en fait. Et on s’en est beaucoup éloigné. L’histoire des autochtones du Québec nous prouve que tout est présent autour de nous pour nous permettre de vivre dans nos milieux naturels. Mais par manque de transmission, rendue moins vitale par l’industrialisation de nos modes de vie, on a perdu ce réflexe, préférant avaler tout rond des gélules de vitamine chimiquement reconstituée que d’aller la chercher dans la forêt. C’est plus rapide et ça demande moins d’effort, certes, mais à quel prix ?
  • je ne connais pas mon environnement. Je ne suis pas capable de reconnaître les plantes, de savoir comment s’appelle ce que je regarde quand je suis à l’extérieur, ou à quoi ça sert. C’était pour moi une vraie prise de conscience. On a tellement perdu cette habitude de vivre en communion avec la nature que lorsque je m’y promène, c’est comme si je ne voyais qu’un gros bloc : la forêt. Je ne distingue pas les différentes plantes, la diversité, la richesse, tout comme je ne suis pas capable de savoir exactement comment vivent les animaux autour de moi ou de les distinguer entre eux. Pourtant, je me dis qu’il y a quelques siècles, si ce n’est moins, il y avait de vrais réflexes. On vivait plus en communion avec son environnement.

Au final, ce que je retiens de cette journée, c’est beaucoup de douceur mais aussi un sentiment de pouvoir : celui de commencer à être capable de m’orienter par moi-même dans l’alimentation, de prendre le pouvoir dessus et d’être capable de trouver des alternatives aux façons de s’alimenter qui ne me conviennent plus.

 

Alors, un atelier plantes comestibles, ça te tente ? Quel rapport as-tu avec ton environnement ?

 

Bouteille à la mer : pour un projet, je suis présentement à la recherche de personnes qui éprouvent de la joie dans leur travail et/ou leurs projets et/ou leur vie, qui auraient envie de partager la façon dont c’est un moteur pour eux. Si c’est ton cas et que tu as envie de témoigner, contacte-moi !

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